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Publié par Jean-Marie Bernardi.

LA RÉSISTANCE DANS LE VAR


François Mauriac qui n’était pas un révolutionnaire, mais un écrivain bourgeois écrivait en hommage à la résistance : « Seule, dans son ensemble, la classe ouvrière est restée fidèle à la Patrie Profanée. »

Le 27 mai prochain, date anniversaire de la création du CNR sera la journée nationale de la résistance.

Les cendres de quatre héros de la résistance feront leur rentrée. Choisies par François Hollande (qui n’a de commun avec Mauriac que le prénom) elles représentent toutes les familles politiques : socialiste, gaulliste, radicale et sans parti ou société civile. Il s’agit de Pierre Brossolette, de Geneviève de Gaulle, Jean Zay et Germaine Tillon.

Nous savions déjà que François Hollande n’aimait pas les pauvres, « les sans dents » comme il les aurait qualifiés en privé…Nous savions aussi qu’il pouvait faire de graves erreurs politiques en comparant le FN au PCF des années 1970, sans formuler aucune excuse postérieurement à cet outrage…Mais nous savions pas qu’il était frappé d’amnésie au point d’oublier une famille politique pour la circonstance et l’événement qui a tant versé de souffrance et de sang dans la résistance et pour la France : les Communistes.

Pourtant le choix pour symboliser l’action communiste, la lutte contre le nazisme et la barbarie eut été facile parmi les Marie-Claude Vaillant Couturier, Gabriel Péri, Martha Desrumaux déporté à Ravensbruck, Guy Moquet fusillé à Chateaubriand, Henry Rol-Tanguy qui joua un rôle important dans la libération de Paris, Pierre Georges dit colonel Fabien ou bien Missak Manouchian le poète arménien résistants qui dit avant d’être fusillé « je meurs sans haine pour le peuple allemand »…Et tant d’autres encore dont nous pourrions égrainer les noms.

Mais je ne pense pas que François Hollande soit amnésique. Je pense tout simplement qu’en agissant délibérément ainsi, il commet une fois de plus une faute politique et qu’il travestit profondément l’histoire de notre Nation, de notre Pays.

En tant que Président, il restera un tout petit président dans l’histoire de France et en tant qu’homme beaucoup l’oublieront par mépris comme il aura méprisé tout au long de son parcours le peuple et la classe ouvrière qui auront un jour de 2012 voté pour lui.

Sans parler du rôle important du PCF de 1934 à 1947, pour ne prendre que cette période charnière de notre histoire contemporaine, je veux vous inviter à avoir une pensée commémorative pour tous les résistants le 27 mai prochain mais aussi une pensée appuyée pour ceux que François Hollande a volontairement oubliés rejoignant les probables postures des maires FN du Var qui ne fêteront pas cet événement.

Pour ce qui concerne le VAR partageons la mémoire collective pour ne pas oublier les sacrifices des ces femmes et ces hommes qui nous ont permis d’être libres. Quelles furent leurs engagements et leurs actions ?...

A cette époque sombre de notre histoire, dans le Var, comme ailleurs en France, les personnes connues pour leur appartenance au Parti Communiste Français, furent arrêtées, emprisonnées, torturées ou déportées. Parmi elles les deux députés communistes du Front populaire : Jean Bartolini et Charles Gaou, mais aussi Henri Seillon Secrétaire Fédéral du PCF mort en déportation, le secrétaire de l’UD CGT du VAR Lendrin mort en déportation, et bien d’autre encore comme Revest, Bertolino, Orsini, Durand, et des centaine d’autres qui furent internés au camp de Chibron près de Signes par exemple.

C’est dans ce contexte de chasse aux communistes et aux syndicalistes de la CGT, c’est dans cette époque de répression et de danger constant pour leur vie et celle de leurs camarades que dans la clandestinité le PCF et puis ensuite la CGT allaient organiser les réseaux de la résistance qui joueront un rôle important jusqu’au débarquement de Provence sur les côtes varoises.

Il fallait faire face et échapper sous peine d’y laisser sa peau à la répression pétainiste et aux décrets allemands.

Les premiers maquis voyaient le jour dans la forêt des Maures. Ils étaient composés des réfractaires au STO, des résistants évadés des prisons. Plusieurs maquisards, de l’armée de l’ombre allaient être pris. Philipe Giovannini qui sera plus tard Maire communiste de La Seyne (1969-1978) en faisait partie. Il s’évadera de la prison de Draguignan où il avait été interné. Il participera ensuite à la libération de Nice en tant que commandant des forces FTPF.

De nombreux jeunes, refusant le STO (service du travail obligatoire), rejoignirent également le maquis. Ce fut le cas à SIGNES (au lieu dit “Les Limattes”), à BARJOLS et COTIGNAC et à AUPS. Autant de points de résistance qui livreront de très durs combats contre les forces de la Waffen SS et des milices de pétain, le 2 janvier 1994 à Signes, le 22 juillet 44 à Aups, le 27 juillet 44 à Barjols et Cotignac..

Après les combats de la Limatte, où de nombreux maquisards moururent, la gestapo arrêta René BATTAGLIA, trouva le matériel d'impression des tracts du P.C.F, du Front National, de la C.G.T.

Notre camarade connaissait tous les responsables des organisations clandestines de la résistance, les dépôts où étaient déposés les tracts et journaux ou armes. Il fut torturé, mais comme Jean Moulin il ne parla pas. Il mourut en déportation en Allemagne.

En Juillet 1941 : A Toulon la justice avec le tribunal maritime était impitoyable contre les résistants arrêtés. Le destin des principaux condamnés sera tragique : LAMBERT condamné à 20 ans de travaux forcés (déportation à Dachau), Esprit ARMANDO, fils d’Italien déchu de la nationalité et condamné à 10 ans de travaux forcés (déportation à Neuengamme où il mourra), DUSSERRE condamné à 5 ans de travaux forcés (déportation à Mathausen où il mourra) et bien d’autres encore.

Dans le Var le prix payé par la résistance fut important : Plus de 1000 furent internés dans les camps et prison de France dont une centaine de femmes ; plus de 400 furent déportés dans les camps de concentrations allemands dont une soixantaine de femmes ; plus de 100 militants et résistants varois furent fusillés dans le département et plus de trente dans les départements où ils été engagés dans ce combat contre le nazisme et pour nos libertés.

A son actif et avec l’aide des forces de l’armée d’Afrique commandée par De Lattre de Tassigny, la résistance varoise a éliminé plus de 800 ennemis, en blessa plus de 150 et fit plus de 3500 prisonniers.

Sans elle le débarquement de Provence aurait été beaucoup plus difficile. Tous les spécialistes et le historiens s’accordent à la reconnaître.

Alors, pensons à tous celles ou ceux qui ne rentreront pas au Panthéon mais à qui la France peut dire un grand merci et rendre hommage comme le fut André Malraux le 16 décembre 1964 pour le transfert des cendres de Jean Moulin.

« Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortège d'exaltation dans le soleil d'Afrique et les combats d'Alsace, entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège. Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, comme toi ; et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé ; avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration, avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de Nuit et Brouillard, enfin tombé sous les crosses ; avec les huit mille Françaises qui ne sont pas revenues des bagnes, avec la dernière femme morte à Ravensbrück pour avoir donné asile à l'un des nôtres. Entre, avec le peuple né de l'ombre et disparu avec elle - nos frères dans l'ordre de la Nuit... Commémorant l'anniversaire de la Libération de Paris, je disais : « Ecoute ce soir, jeunesse de mon pays, ces cloches d'anniversaire qui sonneront comme celles d'il y a quatorze ans. Puisses-tu, cette fois, les entendre elles vont sonner pour toi. L'hommage d'aujourd'hui n'appelle que le chant qui va s'élever maintenant, ce Chant des partisans que j'ai entendu murmurer comme un chant de complicité, puis psalmodier dans le brouillard des Vosges et les bois d'Alsace, mêlé au cri perdu des moutons des tabors, quand les bazookas de Corrèze avançaient à la rencontre des chars de Rundstedt lancés de nouveau contre Strasbourg. Ecoute aujourd'hui, jeunesse de France, ce qui fut pour nous le Chant du Malheur. C'est la marche funèbre des cendres que voici. A côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées. Aujourd'hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n'avaient pas parlé ; ce jour-là, elle était le visage de la France...…»

N’oublions jamais que la bête immonde n’est pas morte, qu’elle est très certainement présente dans la tête de certains, parfois élus par des personnes qui se trompent de colère, qu’elle est prête à surgir pour à nouveau recouvrir la terre de « la nuit et du brouillard », pour imposer la dictature, la répression et la mort…. Alors nous aurions froid, « nous prendrions un gros pull-over et nous retrouverions le chemin de bois » comme le firent avant nous nos camarades et tous les résistants.

Jean-Marie Bernardi.

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