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Publié par Jean-Marie Bernardi.

Sommes-nous toujours Charlie ?...

Il y a un an, après la tuerie de Charlie Hebdo plus de 4 millions de personnes envahissaient les avenues de Paris de République à Nation et des villes de France. Elles marchaient dans le recueillement et la dignité pour défendre les valeurs de notre République, celles de la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789. Le peuple de France et notamment le peuple de gauche étaient debout contre la barbarie.

Aujourd’hui, je pense à nos camarades et amis de Charlie tombés pour leurs idées, la critique au bout de la plume et le dessin humoristique à la pointe du crayon… Je pense aussi aux policiers et aux Français de confession juive de l’hyper casher assassinés sauvagement….Dix mois plus tard la jeunesse de notre pays était frappée au Bataclan, en terrasse des cafés et au stade de France….Alors, aujourd’hui, je me pose une question : sommes nous toujours Charlie ?...

Que reste t-il de l’esprit Charlie et de cette intense chaleur humaine, de compassion et d’amour fraternel qui nous faisait nous rassembler et nous réunir ?...Que reste t-il de cette arme démocratique et de l’exaltation de la fraternité lancée à coups de déclarations de la part de certains politiques qui ont oublié ou qui sont tombés dans la récupération médiatique savamment orchestrée ?...

Je crains fort qu’il ne reste qu’une immense coquille vide pour un gouvernement qui depuis fait de la surenchère sécuritaire au détriment des Libertés et des valeurs de notre République. Certes, notre République doit être respectée et notre sécurité assurée. Mais pour qu’il en soit ainsi elle ( la république ) doit être irréprochable. Elle doit être fidèle à ses fondements et à ses principes de Liberté, d’Egalité et de Fraternité de partout en France métropolitaine et en dehors…Elle doit l’être, à commencer dans les quartiers populaires gangrénés par la misère sociale et le sous emploi. Or, entre les mots et les actes il y a trop souvent un grand écart de la part de l’exécutif. Résultat : la République dysfonctionne car ceux qui l’incarnent au sommet de l’Etat depuis 2012 n’ont pas tenu leurs promesses et n’ont pas respecté leurs engagements.

Pire, ils ont favorisé le développement des inégalités entre les citoyens et les territoires au profit d’une minorité avide des profits immédiat. Ils ont ainsi participé aux replis sur soi, communautaires ou pas qui favorisent deux choses : la montée du nationalisme avec la percée du FN et le développement d’un terreau nauséabond prédisposant aux recrutements d’éventuels candidats au djhadisme.

De tout cela, le duo Hollande-Valls accolé à la politique Macron n’en a cure. Il préfère utiliser la carte du tout sécuritaire et celle de l’Etat d’urgence ou de la déchéance de nationalité qui nous renvoie à la triste et sombre période du régime de Vichy en 1939.

Ces mesures liberticides et privatives d’égalité de droit devraient entrainer une forte mobilisation du peuple de gauche pour les combattre en dénonçant leur côté pervers et contre productif.

Ce serait plus efficace et moins ridicule que l’hommage qui s’est déroulé dimanche dernier en présence du gouvernement sur la place de République à Paris avec deux symboles « forts » incarnés par Johnny Halliday (exilé fiscal et ami de Sarkozy) et le temps des cerises chanté par les chœurs de l’armée qui en 1871 était du côté des Versaillais pour assassiné nos camarades communards à Montmartre ou les enfermer au bagne de Toulon, puis les exiler vers la Nouvelle Calédonie….En voyant ce spectacle et cette tentative avortée (quelques centaines de personnes) contre des millions en janvier dernier, j’étais écœuré tellement la ficelle était grosse en terme de récupération .

Alors sommes-nous toujours Charlie ?...Où sont passés les millions de personnes qui marchaient le 11 janvier 2015 ?...

J’ai le sentiment que notre République est en pièces détachées et que le chantier de sa reconstruction est immense. Néanmoins, une chose est certaine : il s’agit de la nécessité de rassemblement visible, à commencer par celui des 4 millions de concitoyens qui en 2012 avaient voté pour le Front de Gauche et ses composantes.

Il s’agit aussi du rassemblement de tous les Français déçus par la politique menée par François Hollande et son gouvernement…Il s’agit aussi du nécessaire rapprochement de toutes les forces des progrès politiques, culturelles, intellectuelles, syndicales ou associative…Je pense à nos amis d’EELV, à nos amis de la nouvelle gauche socialiste, du mouvement social, à tous les progressistes, aux citoyens engagés et aux électeurs socialistes déçus.

Ensemble nous constituons une force et un potentiel énormes pour redonner du sens à la vie politique et à la reconstruction d’une alternative de gauche durable. Tout cela passe inéluctablement par la confiance en soi, par la confiance au collectif et par la détermination à engager un grand débat populaire pour construire notre avenir commun.

La France est dans un état d’urgence sociale. Pour en sortir, les incantations au rassemblement de toute « la gauche » comme le prône Jean-Christophe Cambadélis n’y pourront rien. Elles sont totalement contreproductives car creuses et vides de toute propositions de progrès social, humain et écologique.

La solution passera par un changement de cap radical et par une transformation profonde de notre société et de nos institutions.

C’est en agissant ainsi, dans l’exigence de plus de République laïque, de plus de démocratie, de plus d’éducation populaire, de plus de solidarité, de plus de partage et de plus de droits et de liberté que celles et ceux qui étaient Charlie le 11 janvier 2015, qui le sont encore aujourd’hui le seront encore plus demain avec un supplément de conscience de classe et un petit supplément d’âme….Cela nécessite un grand débat dans toutes les strates de notre société, des entreprises aux campagnes, des villes aux quartiers, des familles aux amis.

Alors comme le disait Louis Michel lors de la commune de Paris : « La révolution sera la floraison de l’humanité comme l’amour est la floraison du cœur. » Ensemble ouvrons ce chemin pour une France belle et rebelle comme la chantait le poète.

Jean-Marie Bernardi

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