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Publié par Jean-Marie Bernardi.

Tsiganes : la République reconnaît sa responsabilité.

En écrivant ces quelques lignes je pense à mon amie Esméralda et à son engagement pour sa « communauté » et pour les plus démunis. Alors, je lui dédie volontiers ce texte qui peut-être l’atteindra jusqu’à sa terre de Camargue entre Arles et les Saintes Marie de la Mer.

Ce week-end et il était temps de le faire, la République française par l’intermédiaire du chef de l’Etat vient de reconnaître sa responsabilité dans la souffrance infligée aux Tsiganes durant la période allant de 1940 à 1946 ; même si la reconnaissance de faute et de crimes auraient été plus appropriée.

En remarquant que le moment choisi correspond à une période pré-électorale, chacun pourra apprécier et interpréter. Mais ne faisons pas la fine bouche, il faut mesurer cette reconnaissance de la responsabilité de la France dans l’internement des Tsiganes et considérer qu’il s’agit d’un premier pas pour en finir avec toutes les discriminations le plus rapidement possible.

Pour autant l’histoire nous apprend que la haine à l’égard du peuple nomade ne se limite pas à la moitié du XXème Siècle. Elle est jalonnée de décisions, de codes, de décrets et de lois qui  depuis le XVIIème siècle ont soumis cette population à des politiques raciales et inacceptables les privant de libertés fondamentales.

Sous la IIIème République (1912) les enfants tsiganes devaient posséder un carnet anthropométrique (empreintes et photos) car ils étaient considérés par les politiciens comme de vulgaires bandits. Il en était de même pour leurs familles.

Lors de la première guerre mondiale l’Etat français montre les gitans comme de potentiels espions à la solde de l’ennemi. Il les déporte en masse vers des camps installés dans le midi de la France comme à Alès ou à Saint Maximin. C’est donc bien avant la seconde guerre mondiale que ce peuple a été maltraité et discriminé par les autorités françaises      .

Puis dès 1940 (en avril) c’est le décret Lebrun qui interdit aux Tsiganes de circuler. Après la capitulation devant l’Allemagne nazie le gouvernement de Vichy décida de l’ouverture de nombreux camps y compris en zone libre comme au Barcarès. Plus de 30 camps seront implantés en France pour interner plus de 6000 Tsiganes. Plusieurs d’entre eux seront déportés vers les camps de la mort pour servir de cobayes humains aux expériences nazies ou y mourir de faim ou être gazés.

A la fin de la guerre en 1945 ce ne fut la Libération pour tout le monde. Le peuple nomade restera interné jusqu’en juin 1946 avant d’être livré à l’errance totale, complètement dépossédé de ses biens.

Aujourd’hui les stigmates de la souffrance sont toujours là et les gens du voyage doivent encore être en possession d’un livret de circulation.

Alors, la déclaration de François Hollande ce week-end à Montreuil-Bellay dans le Maine et Loire, même tardive doit être actée positivement, et marquer le début d’un processus pour rendre au peuple nomade toute sa dignité humaine et sa totale Liberté.

Les Tsiganes ont été victimes d’une longue, très longue ségrégation. Il est grand temps que tout cela cesse.

En écrivant ces lignes, je pense encore à mon amie Esméralda et je revois le regard bleu azur de Maurice, surmonté de son bandana rouge. De là où il est, il  appréciera ce geste d’amour pour le peuple tsigane comme un petit bonheur posthume. J’en suis sur.

 

Jean-Marie Bernardi. 

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