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Publié par Jean-Marie Bernardi.

Paru sur Var matin.com par Etienne Charles.

 

 

Le maire Front national du Luc-en-Provence, aura finalement eu raison de l’Amne’Zik Open Air Festival, qui devait se tenir du 8 au 10 août sur le circuit du Var. Les motifs invoqués sont pour le moins discutables.

"Rap et techno, qui ne sont pas des expressions musicales (sic!), seront évidemment privés de tout soutien public…" Une perle issue du programme du Front national, qui prend aujourd’hui tout son sens.

Et plus encore, avec l’annulation de l’Amne’Zik Open Air Festival, prévu du 8 au 10 août, sur le circuit du Var. Quand la technopolis du Luc devient technopolice…

Risques sévères d’incendie, consommation d’alcool et de stupéfiants, hébergement et stationnement insuffisants, nuisances sonores (bad trip pour les cigales)… toute une batterie de motivations qui ont eu raison de la tenue de l’événement.

Une décision « incompréhensible » pour son président et fondateur Anthony Lasagna, d’autant plus que « la commission de sécurité réunie le 3 juillet avait validé l’intégralité de l’organisation »

À plus forte raison en prenant d’emblée en considération le risque incendie puisque l’annulation de l’événement était prévue en cas de vent supérieur à 70 km/h…

Des prétextes à la pelle

Le maire FN du Luc, Philippe De La Grange a bataillé ferme, en coulisse, pour avoir la peau du festival. À grand renfort de missives adressées aux autorités préfectorales ou au syndicat mixte du circuit du Var, le premier magistrat mettait en garde contre «le risque majeur d'incendie, en période estivale, et les nuisances sonores engendrées par ce type de manifestation»(1).

Mieux encore, « la consommation d'alcool et de stupéfiants » (2)accroîtrait, selon lui, les risques. De là à croire que les concours de boules anisés seront aussi prochainement bannis du paysage local ! Lui s'en défend. Et se fend d'une justification laconique dans un communiqué de presse : « j'ai inévitablement émis un avis défavorable à l'organisation de cet événement, dans le seul intérêt de protéger les personnes et de sauvegarder l'environnement».

Malgré son pouvoir de police générale, Philippe De La Grange a toutefois pris soin de s'enquérir d'avis motivés de la part d'autres autorités, sous-préfecture, gendarmerie et sapeurs-pompiers. Daniel Nouals, de la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) a ainsi, lui aussi, émis un avis défavorable en raison des risques d'incendie, notamment concernant « l'absence d'emplacement de parkings suffisants(...) et que les structures d'hébergement existantes aux environs ne sont pas à même de satisfaire une telle demande, si tant est que le public visé ait les moyens d'y accéder». Sur ce dernier point, l'argument parait limite, sachant qu'un espace camping avait été prévu pour accueillir jusqu'à 1 500 festivaliers. Plus surprenant encore, la DDTM n'avait pas bronché, l'an dernier, lors de l'organisation, à la même période de l'année et au même endroit, du Bike Show & Rock Festival. Les risques, eux aussi, étaient pourtant les mêmes… Le représentant de la DDTM affirme ainsi n'en avoir pas eu connaissance à l'époque et avoue à demi-mot un manque d'éléments en sa possession(3). Il prend soin, toutefois, de préciser que son avis n'était que consultatif, sans lier la décision du préfet.

« La réalité de la politique FN »

Des motivations donc, pour le moins discutables, qui révoltent Anthony Lasagna. «Cette interdiction est une coquille vide. Le maire n'a même pas souhaité nous recevoir pour nous expliquer ses raisons». Étrange d'ailleurs, car les élus frontistes du Luc s'étaient abstenus, mais n'avaient pas voté contre la mise à disposition du site des Sigues, pour le bivouac, lors du vote en conseil communautaire du 24 juin. Tout aussi curieux sont les avis favorables émis respectivement par Messieurs Baumont, pour la mairie du Luc et Fortunato, pour la DDTM, lors de l'examen par la commission de sécurité. Enfin, à l'issue d'une réunion sur place le 8 juillet, en présence du sous-préfet de Draguignan, du maire du Luc, des représentants de la gendarmerie, du SDIS et du syndicat mixte du circuit, mais à laquelle l'organisateur n'était pas convié, il a été signifié que le maintien de la manifestation ne serait possible qu'en y associant le syndicat mixte au titre de co-organisateur. Pour Michel Mondani, son président, « les délais impartis étaient bien trop justes pour remonter un dossier.» Au final, Anthony Lasagna voit en ce retournement de situation «la réalité politique du Front national, à savoir abolir les expressions artistiques alternatives et empêcher toute initiative originale à destination de la jeunesse. » Dommage pour un festival qui avait attiré, l'an dernier, plusieurs milliers de clubbers alors qu'il était organisé au complexe du Vabre à Brignoles. Mais les nuisances sonores pour le voisinage avaient alors eu raison d'une nouvelle édition sur le site. Un prétexte qui, au moins, pouvait s'entendre.

Étienne charles

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