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Publié par Jean-Marie Bernardi.

La crise actuelle est aussi la conséquence indirecte de l’intervention en Libye

Intervention militaire au Mali

Par Michelle Demessine / 16 janvier 2013

Monsieur le président, mesdames, messieurs les ministres, mes chers collègues, nos premières pensées vont aux victimes et au soldat Boiteux, disparu dès le début de l’offensive menée au Mali. Nous témoignons notre solidarité aux otages et à leurs familles, dont nous ne pouvons imaginer l’angoisse.

Depuis le vendredi 11 janvier, la France est en guerre. Il s’agit d’une action grave, potentiellement lourde de conséquences, décidée, comme il y va de sa responsabilité, par le Président de la République.

Les sénateurs du groupe communiste républicain et citoyen n’ont jamais considéré l’entrée de leur pays dans un conflit comme une victoire annoncée, comme une solution positive à une situation donnée, quelle qu’elle soit. Ils considèrent que le choix des armes est toujours le résultat d’un échec, qu’il soit économique, social, culturel, ou encore diplomatique et politique.

Trop souvent, la guerre laisse une situation dégradée ; elle meurtrit toujours les populations et enracine les haines.

Ces propos ne sont pas tenus par une pacifiste béate ou idéaliste ; ils sont le résultat de l’analyse lucide de l’histoire ancienne ou récente.

Oui, nous pensons toujours que la guerre n’est pas une fatalité et que la résolution des conflits devrait être le résultat d’un travail diplomatique considérable effectué en amont pour négocier, débattre, désamorcer les tensions.

L’exemple malien est édifiant. C’est le résultat d’une catastrophe annoncée, qui a mené un pays, longtemps présenté comme une réussite démocratique africaine, à se déliter, son État à s’effondrer, la misère à s’y développer plus encore. Faut-il rappeler que le Mali est l’un des pays les plus pauvres du monde ?

Peut-on penser que tout a vraiment été entrepris pour construire une alternative à la déferlante islamiste qui est maintenant une réalité au Mali comme dans de trop nombreux pays ?

Du maintien du Mali dans un sous-développement économique, social et institutionnel à la suite d’une domination, pendant des décennies, de l’Occident et de sociétés multinationales, dont la préoccupation première n’était pas, on le sait, l’épanouissement des populations, résulte la crise que connaît ce pays.

Plus ponctuellement, et ce point doit être rappelé, la crise actuelle est la conséquence indirecte de l’intervention en Libye qui a permis la dissémination d’un arsenal considérable dans l’ensemble de la région.

Cette opération a également poussé des Touareg, déjà de longue date en rébellion contre l’État malien, à revenir sur leur terre d’une façon si précipitée qu’elle a ouvert le chemin de la déstabilisation.

Je le disais à l’instant, l’État malien s’est effondré. La déliquescence de son armée, depuis le coup d’État de 2012, a aussi contribué à laisser la voie libre aux groupes islamistes, dont certains d’entre eux sont terroristes.

Même si elle regrette cette situation, la France, qui a exercé et exerce encore une forme de tutelle sur la région, ne peut s’exonérer d’une certaine responsabilité dans cette terrible évolution.

Ces premières réflexions faites, la réalité s’impose à nous : des groupes armés, sous l’influence la plus radicale de l’islamisme combattant, certains directement liés à Al-Qaïda, comme AQMI, occupent depuis des mois le nord du pays, font régner la terreur, appliquent la charia. L’un des symboles de cette violence est la destruction du patrimoine historique que constituaient les mausolées soufis de Tombouctou.

Bien entendu, il faut faire la part des choses. La notion de groupe terroriste ne peut être appliquée à l’ensemble de ces mouvements. Il serait donc utile, monsieur le ministre des affaires étrangères, que vous nous décriviez, avec la précision qui vous caractérise, la réalité des adversaires que la France affronte aujourd’hui.

Qu’en est-il, par exemple, de la mouvance indépendantiste ou autonomiste touareg non liée historiquement avec l’islamisme radical ? Ne doit-on pas veiller, avec une grande vigilance, à ne pas faire d’amalgames qui pourraient servir de prétexte à des exactions contre les populations touareg, comme s’en est déjà rendue responsable dans le passé l’armée malienne ?

Cette force composite menée par des mouvances incontestablement menaçantes pour l’idéal de démocratie et de progrès a fait mouvement jeudi dernier vers Bamako, la capitale. Fallait-il laisser ces forces conquérir, au-delà de cette ville, l’ensemble du Mali ? La réponse est clairement : « Non ! » Il fallait empêcher dans l’urgence l’avancée de ces groupes, dont l’idéologie porte à instaurer des régimes despotiques d’une rare violence, en particulier à l’égard des femmes.

J’insiste également sur le fait que ces groupes s’appuient souvent sur une organisation de type mafieuse leur assurant un important financement issu du trafic de drogue ou d’armes. Le Sahel est ainsi devenu une gigantesque plaque tournante.

Nous approuvons donc cette décision d’éviter la prise de Bamako et d’empêcher l’avancée des groupes islamistes.

De plus, cette action de la France résulte d’une demande officielle d’intervention du Président malien au titre de l’article 51 de la Charte des Nations unies. Elle reçoit d’évidence le soutien au Mali des populations et en France des Maliens et de leurs organisations. Elle obtient aujourd’hui une approbation sans ambiguïté de l’ensemble du Conseil de sécurité de l’ONU.

Au-delà des premiers résultats de cette intervention se pose la question de la suite qui devra y être donnée.

Hier, j’ai lu que des responsables américains redoutaient un enlisement rapide, comme en Afghanistan.

Que se passera-t-il si les djihadistes trouvent refuge dans les montagnes de l’ouest ?

L’annonce, par le Président de la République, d’un engagement militaire de notre pays jusqu’à la stabilisation du Mali vise, selon nous, une échéance bien lointaine, qui donne un cadre trop large et trop flou à notre intervention. Nous souhaitons donc que le présent débat soit l’occasion d’obtenir des précisions sur ce sujet.

Prenons garde que, au nom de la lutte contre le terrorisme d’obédience islamiste, cette guerre, qui risque d’être longue, ne nous rappelle fâcheusement le concept de guerre de civilisation porté par George Bush en 2001. Il faut travailler à isoler les groupes à proprement parler terroristes, qui sont minoritaires, tout en évitant, je le répète, tout amalgame avec des forces moins radicales qui se sont engagées dans ce conflit du fait de la déstabilisation du pays et de la région.

Nous soutenons la proclamation claire de l’objectif de reconstruction de l’État malien et de restauration de la démocratie.

Adopter uniquement la posture d’une déclaration de guerre à l’islamisme radical et au terrorisme serait dangereux et vain.

Si action politique, diplomatique contre l’islam radical, véritable fascisme de notre temps, il y a, elle doit être cohérente.

Qui finance certains groupes actifs au Mali si ce n’est le Qatar ? Doit-on se voiler la face ? Les groupes radicaux à l’œuvre en Libye, en Syrie, comme au Soudan ou en Palestine, soutiennent ou vont soutenir activement les forces que nous commençons à combattre au Mali.

Que fait notre diplomatie à l’égard des émirats, où le Président de la République vient de se rendre, à l’égard du Qatar ou de l’Arabie saoudite, régimes monarchiques et despotiques qui fondent leur influence sur leurs immenses richesses, pour les dissuader de continuer leur action au Proche-Orient ou au Moyen-Orient comme en Afrique visant à déstabiliser, à diviser et, finalement, à combattre les valeurs démocratiques, les valeurs de progrès et d’épanouissement ?

Monsieur le ministre des affaires étrangères, lorsque, en Arabie saoudite, les autorités wahabites décident de faire décapiter au sabre une employée sri lankaise immigrée, n’envoient-elles pas des signaux de haine et de violence qui se propagent dans le monde entier et au Mali ?

Nous demandons par conséquent avec force qu’une nouvelle cohérence anime la politique que nous menons vis-à-vis de l’islam radical.

Enfin, conformément aux engagements internationaux, nous demandons aussi que la présente intervention soit prise en charge par un nombre croissant de pays, aux premiers rangs desquels les pays africains.

La force d’intervention décidée par les Nations unies par la résolution 2085 doit devenir réalité au plus vite. Il faut à tout prix éviter que nous ne restions, un temps indéterminé, seuls en première ligne. Nous avons pris nos responsabilités, et il fallait le faire. Mais ce cavalier seul ne peut durer. C’est notre autorité politique et démocratique qui est en jeu, ainsi que notre sécurité.

Ce conflit, le drame malien, peut être un signal de plus donné quant à l’urgence du développement.

Afin de permettre à l’Afrique, qui possède toutes les richesses naturelles et humaines adéquates, de se développer, il faut cesser le pillage de ses matières premières et de ses compétences intellectuelles.

Ces mots, que beaucoup ont utilisés dans cette enceinte, doivent enfin se traduire par des actes, afin que l’Afrique ne compte pas un Mali puis deux, puis trois, avant l’embrasement de toute une région.

 

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chb 14/02/2013 23:22

Est-ce que vraiment "il fallait y aller" ??? Est-ce que les troupes françaises puis africaines vont donner liberté et démocratie au Mali ?
N'Diaye au 36° Congrès : "l'intervention française au Mali a été momentanément saluée par la grande majorité des populations maliennes, désarçonnées par l'avancée brutale des djihadistes vers le
sud",
(...mais elle)
"suscite bien des interrogations sur les arrière-pensées et les non-dits de cette intervention".
"La guerre au Mali n'est que le prolongement de la compétition féroce entre deux impérialismes, alliés par ailleurs aujourd'hui en Libye et en Syrie, l'un classique et aux abois, et l'autre nouveau
et conquérant, celui des pétromonarchies"...